Thursday, March 13, 2014

Lettre à Alain Mabanckou

J'ai participé à un concours de nouvelles qui avait pour sujet : vous écrivez à votre écrivain préféré qui vit à l'autre bout du monde, vous lui expliquez pourquoi vous l'aimez et vous décrivez le lieu où vous vivez.
Voici la nouvelle, j'ai choisi Alain Mabanckou, écrivain français d'origine congolaise dont j'ai lu presque tous les livres comme les Mémoires de Porc Epic, Le Sanglot de l'homme noir, Black Bazar, Verre Cassé. Il est en ce moment président du jury du Livre Inter. Il vit en ce moment à Santa  Monica, Californie, c'est vrai que ce n'est pas vraiment le bout du monde par rapport à D.C.
 J'ai puisé dans ce blog pour décrire Washington.
Je n'ai pas gagné le concours.
  
      Alain Mabanckou
Editions du Seuil
25, boulevard Romain Rolland
75014 Paris

             Washington D.C. le 12  février 2014

Le héros de L'Attrape-cœurs dit que, ce qui est vraiment bien avec un écrivain, c’est quand tu as envie de l’appeler, là,  tout de suite, dès que tu as fini son bouquin, comme si c’était un super copain. Evidemment cela n’arrive pas souvent.
Je n’ai pas ton numéro, et de toute façon tu es trop loin pour  qu’on s’en jette un ensemble au  bar du Crédit a Voyagé dans le quartier de Celui-qui-boit-de l’eau-est-un-idiot. J’ai donc décidé de te dire par écrit que Porc Épic et ses piquants vengeurs, Tête Rectangulaire l’assassin raté, les Sapeurs chicos, Verre cassé et sa ponctuation, le chanteur moustachu et son alter ego qui vit heureux auprès de son arbre, ton père et sa pomme, j’ai vécu avec tous ceux-là ces derniers mois. Ils ont ressuscité mon goût d’enfance, et m’est revenu un monde qui vit dans la mémoire des premières années de ma vie.
Moi par exemple je dessinais des pommes et des cerises chez les soeurs à l’école maternelle de Port Gentil, je les vois ces cerises, queues en l’air sur la ligne pré-imprimée de mon cahier d’écolier, comme des notes rouges sur une portée.
Mais nous ne mangions que des mangues, ma nourriture primordiale, mon lait maternel, ma Madeleine pour toujours.
Pendant que je lis Verre Cassé ou African Psycho, c’est comme si je mangeais une mangue, le jus dégouline sur mon menton et poisse mes doigts tandis que les fibres s’incrustent entre mes dents, difficile de s’en débarrasser mais je ne lâche pas le fil.
Je n’ai découvert tes livres que récemment à l’Alliance Française, à Washington. Ils étaient exposés en évidence sur le comptoir de la bibliothécaire qui s’appelle Christianne avec deux n. Elle m’a dit que je t’avais loupé de peu car  tu y avais fait une présentation le mois d’avant. 
Avant toi j’avais lu Hampaté Bâ, L'Enfant peul avait fait mes délices. Vous avez des points communs d’ailleurs. Je relève au passage que si tes copains et toi vous vous intéressiez à la couleur des poils du pays-Bas des femmes blanches-sont-ils de la même couleur que leurs cheveux?-ses copains et lui s’interrogeaient scientifiquement sur la couleur des étrons des Blancs, qui ne pouvaient logiquement pas être noirs. 

Comme toi j’ai émigré en Amérique, mais à l’autre bout du continent, à des milliers de kilomètres quatre heures de décallage horaire, un monde bien différent de la Californie, leurs seuls points communs étant de voter pour le parti démocrate, sinon rien à voir. Tu as les rouleaux du Pacifique, nous on a la Baie boueuse de Chesapeake.
Je t’écris alors que nous sommes sous une tempête de neige, tous les bâtiments publics sont fermés et la ville fonctionne au ralenti. Je suis repliée sur mon canapé, chaussettes, poncho et feu ouvert comme on dit à Bruxelles, tandis que débarque le vortex polaire. Heureusement, parler de tes livres me réchauffe le cœur et l’âme.
Tu as dû reprendre tes cours cette semaine, fini le farniente sur la plage de Venice. Puisque j’en parle, je te conseille les excellents restaurants de fruits de mer sur le ponton à Santa Barbara, au bout de la plage où trainaillent les pélicans. J’ai beaucoup de sympathie pour ces oiseaux qui, sous des dehors débonnaires, cachent si bien leur jeu, des experts. Quand je fais la planche, j’observe leur vol placide en escadrille, bien alignés, au ras de l’eau mine de rien pour repérer des proies. De temps un temps l’un d’eux replie ses ailes et se précipite tel un éclair dans les vagues, puis il rejoint tranquille et repu le peloton.  Il y a sûrement  des pélicans  paresseux sur la plage de Pointe Noire qui attendent que la manne des pêcheurs leur tombe dans le bec. 
Pour toi les roller skateurs de Santa Monica ont succédé aux pêcheurs de Pointe Noire et leurs histoires de sortilèges marins. Tes mots ont le pouvoir de convoyer jusqu’à mes oreilles et mes narines le son des voix africaines avec les embruns et l’odeur du poisson. 
Comme ta mère te l’avait recommandé, « comme l’eau chaude n’oublie pas qu’elle a été froide », tu n’as pas oublié, tu te transportes partout avec ta valise pleine de tes racines de l’Afrique, et tu y puises des souvenirs, des personnages, le quartier Bleu- blanc-rouge, les Trois-Cents (la passe à trois cents francs CFA), le cinéma Rex,  les animaux fétiches, les maris volages, les femmes à fort caractère,  la reine des pisseuses, enfin, Vercingétorix le rebelle du Viétongo.  
Avec un tel bagage à exploiter on peut vivre partout, même dans les villes ennuyeuses où il ne se passe rien. Recréer un monde vivant, parallèle au réel en y faisant jouer des personnages, comme si on y était,  c’est ce qu’on fait quand on est minot, et cela aide tellement à faire passer le temps infini, la répétition des choses obligées, l’ennui des parents et de l’école. C’est un acte puissant et mobilisateur, on embarque, on disparaît, comme dans la littérature, comme dans tes livres.
Tu dis que toutes les villes sont belles (en es-tu bien sûr ?). Ton ami Dany Laferrière, lui, estime que les villes ennuyeuses cela aide à écrire. Surtout quand il fait - 35° comme à Montréal. Je serais plutôt d’accord avec lui, l’ennui réactive l’instinct de survie et l’envie de chercher autre chose, pour ne pas tomber alcoolique, un autre choix. L'un n’exclut pas l’autre, surtout quand le goût du rhum ramène au pays.
Je sens que tu as aimé l’école et qu’elle te l’a bien rendu. Tu montres une tendresse  particulière pour les professeurs africains passionnés de littérature française, dont un grand classique peut prosaïquement servir à caler le pied bancal d’une table de bistro. La Mare au diable trouvée au marché sur un étal entre manioc et patates douces, je suis sûr qu’elles existaient ces librairies invraisemblables.  
Cela me fait penser à une classe d’école dans une région très reculée du Panama, où vit la communauté indigène Ngobé Buglé. Les enfants marchent des kilomètres chaque jour pour se rendre à l’école, bâtie en parpaings au milieu de nulle part. Là, au milieu de la forêt, au bout du monde, j’ai découvert, tracée élégamment à la craie  par l’instituteur sur le tableau noir, une citation de Gustave Flaubert sur la nécessité vitale de la lecture, que j’ai malheureusement oubliée, mais l’enthousiasme partagé avec ces enfants et leur maître est inoubliable.

Je n’ai pas émigré pour enseigner la littérature francophone. J’ai suivi un Irlandais qui ressemble à John Wayne, l’ancien boxeur du film L'Homme Tranquille, mais mon Irlandais ne porte pas de casquette et il ne se bagarre que contre la dette des pays africains. Avant de partir on s’est mariés à Bruxelles, l’adjoint du Bourgmestre d’Ixelles d’origine guinéenne était aussi un ancien boxeur qui comme moi appréciait les belles chaussures de luxe. Appartenait-il à la confrérie des Sapeurs ?

Mais laisse-moi me présenter. Je vis dans un quartier chic de Washington D.C. où la population indigène ne dépasse pas trente ans et ne connaît pas la surcharge pondérale. Les filles ont les cheveux longs et effilés comme Jennifer Aniston dans la série Friends et elles courent tout le temps en balançant leurs queues de cheval. Il faut bien faire attention aux collisions au coin des rues. Les garçons sont en short et  casquette de base-ball, mais ils portent des chemises de bûcheron  pour sortir aux happy hours avec leurs copines en micro-robes et talons vertigineux. Ils sont tous musclés mais ne se font pas bronzer l’été car cela donne le cancer.
Quand ils ne sont pas au yoga ou au parc à chien, mes deux voisins sont dans leurs voitures, des coupés de sport et une jeep pour emmener leurs caniches en vacances. Ces véhicules sont pratiques pour se rendre à leurs bureaux de K-Street à trois blocks, là où les salaires comptent beaucoup de K-dollars. Ces voitures sont noires, la maison est blanche, les caniches sont gold et les Salvadoriens font tout. Le ménage, les réparations, le jardin, tailler les buis, les Centroaméricians s’en chargent et une partie de leurs salaires est prélevée par Western Union sur leurs envois à leur famille au pays.  Pour financer leurs études, leurs enfants s’engagent dans l’armée. Il faut compter au moins quatre ans en Irak ou Afghanistan pour financer un diplôme d’architecte ou d’avocat.
Un panneau dans chaque rue indique : « be cautious, neighbours will report suspicious behavior ».
Les riches, ceux qui portent  la chemise blanche, sont en général blancs.  Les Noirs, oui les Blacks d’ici, sont à demeure sur les bancs du square de Dupont Circle. Des habitués se retrouvent pour des parties d’échecs au son d’une sono qui pousse le rythm and blues à fond. Blacks sont aussi les hommes et femmes qui font la manche devant Starbucks et CVS, la supérette de ce pays. Quelquefois ils parlent tout seuls en interpellant les passants, comme s’ils étaient en colère. Certains trimballent des caddies au milieu des joggeurs et des jeunes gens qui partent au bureau en baskets et sac au dos.
À la caisse du supermarché, dans les transports, à la poste, les employés sont noirs : vigiles, concierges, agents du métro, chauffeurs de taxi ou de bus, employées des crèches qui baladent des grappes de petits  blancs, jardiniers, promeneurs de chiens. Le Kennedy Center, Le lieu culturel de Washington, est surtout fréquenté par les Blancs sauf quand il y a des concerts de Gospel et quand se produit la compagnie de danse Alvin Ailey. L’orchestre symphonique est blanc, mais pas du tout les joueurs de jazz.
Ici tout le monde raconte sa vie, dans les bars,  les toilettes des restaurants, le vestiaire du club de gym, les transports, en quinze minutes je sais tout de la vie d’un inconnu que je ne reverrai plus jamais. Je découvre que beaucoup de réfugiés des guerres et dictatures africaines vivent à D.C. Des Ethiopiens conduisent les taxis ou tiennent les cafétérias des musées, des Camerounais sont au volant de la navette de l’aéroport, et puis aussi des Ivoiriens, Togolais, Béninois au supermarché Whole Foods qui rangent les fruits et légumes pendant qu’on discute politique. Des jumelles éthiopiennes sont les propriétaires d’un super club de jazz, le « Twins ». Le jazz c’est le grand truc de Washington. J’aimerais bien t’y amener. Tous les soirs de l’année ces deux dames âgées sont au bar, juchées sur des tabourets, et regardent des matchs de base-ball muets pendant les concerts. Elles font partie de la mythologie de U Street, le quartier des émeutes raciales et des manifestations pour les droits civiques.
La culture française est là. J’ai assisté à une représentation de Tartuffe. Les acteurs prononçaient «Târtouf ». Le casting de la troupe amateur faisait rêver.  Orgon travaillait  au Département de la Défense, Valère était conseiller à la Maison Blanche, Elmire journaliste chez Bloomberg, Dorine professeur à l’Université de Georgetown, Tartuffe, d’origine afghane, à la tête de trois restaurants aux noms bien français Napoléon, Bonaparte, Malmaison. J’en ai profité, alors qu’il nous servait des crêpes Suzette après la représentation, pour lui demander quand allait-il ouvrir le Saint Hélène ?
De nos jours Molière pourrait s’inspirer des politiciens américains pour dénoncer la târtoufferie, qu’il s’agisse de nier la réalité du changement climatique (pour protéger les intérêts pétroliers), invoquer la liberté (protéger les fabricants d’armes, les riches qui ne paient pas d’impôts) la sécurité (espionner la planète) l’égalité (supprimer  les dépenses publiques destinées à aider les pauvres),  Dieu-encore-lui (interdire l’avortement).
Avec mon jeune fils on a « fait » les incontournables  de Washington, le Mall, le coeur de la ville au bord du Potomac, une esplanade autour de laquelle alternent les Institutions, la Maison Blanche, les bâtiments du gouvernement, le Capitole, les musée et des parcs où se succèdent les Mémoriaux des nombreuses guerres de l’Amérique et de ses héros.  Cet ensemble architectural a été conçu par Monsieur Lenfant, architecte français. Tout est blanc, gréco-romain, colonnades, coupoles, bâtiments massifs. Toute l’Amérique défile ici, avide de mémoire ainsi que le monde entier qui fait aussi partie de cette histoire-là. Tous se photographient devant Abraham Lincoln et l’immense Martin Luther King, sculpté dans un rocher, blanc comme une craie géante, face au lac, surtout les familles blacks, émues et au garde-à-vous.
En face, de l’autre côté du Potomac, on aperçoit les énormes bâtiments du Pentagone, sombre masse qui domine largement tout le reste.
Tu as compris, l’espace est consacré à la guerre, aux guerriers, à ceux qui la préparent, à ceux qui la font et à ceux qui en sont morts.

Trois mois après mon arrivée, j’ai voté à l’ambassade de France. J’ai su que François Hollande avait gagné quand j’étais à Ground Zéro à New York où je visitais le Mémorial du 11 septembre. J’étais penchée sur le gouffre-cataracte de marbre noir érigé à la place des tours-jumelles quand mon époux m’a envoyé un texto du Cameroun où toutes les télés françaises sont présentes et où il n’y a pas de décalage horaire avec la France.

Toi et moi on a des villes en commun. Avant Bruxelles, à Paris, j’habitais Barbès, tu as dû y vivre car tu parles si bien du quartier de Château Rouge, le marché où on trouve tous les produits alimentaires africains et les pagnes wax hollandais, les coiffeurs pour les tresses, les produits cosmétiques pour s’éclaircir la peau ou se défriser, le tailleur derrière sa machine à coudre dans sa boutique minuscule encombrée de clients-amis qui discutent interminablement, le magasin-cabines téléphoniques pour appeler Douala ou Abidjan.
Dans le quartier les femmes sont vêtues des vêtements traditionnels, portent leurs bébés dans le dos et gardent nus leurs pieds plutôt grands car elles ne supportent pas de les avoir recouverts même au plus fort de l’hiver. 
À Barbès comme à Matongué à Bruxelles j’ai repéré les membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes à leurs vêtements de marques. J’ai croisé des Sapeurs dans la classe business d’Air France et dans un village de brousse au nord de la République Centrafricaine. Ils faisaient partie d’un groupe de rebelles qui nous ont accueillis comme des milords à notre descente d’avion, kalachnikovs et bazookas en main,  en Armani accessoirisé de Ray ban et pompes de luxe. Je sais apprécier ce soin donné à sa personne en toutes circonstances.

Tu as remarqué que je te tutoie. Tu me pardonneras, j’espère, cette familiarité quand tu sauras que je suis née à Brazzaville. Ma mère était fille d’un administrateur des colonies, mon père, fils de paysans du Doubs, venu y faire l’importation des produits européens, pagnes wax hollandais, batteries de cuisine, bassines en plastique, savon de Marseille, DDT et fly-tox contre les moustiques, caviar beluga, bière Heineken et petits pois en boîte. J’y suis née par hasard, pour cause de césarienne et parce que c'était là que se trouvait l’hôpital de l’Afrique Equatoriale Française.
C'était dix ans après que le Général ait fait de Brazzaville la capitale de la France Libre.
Après, on a traversé le fleuve et on est allés vivre à Bangui-la-Coquette dont les lettres lumineuses surplombent la ville, comme sur la colline d’Hollywood. Mais les feux des deux premières lettres se sont depuis éteints, Bangui-la---quette.

Tu racontes que lorsqu’on te demande ta nationalité et que tu dis française, l’autre insiste, veut savoir quelle est ton origine, la vraie, n’accepte pas que tu sois Français en fait.  Tu questionnes les frères noirs, la hiérarchie des Noirs et des Blancs, les stéréotypes. Moi aussi cela me touche beaucoup, qui aies été élevée dans un milieu blanc où les Noirs étaient les domestiques, les employés, les vendeurs au marché et qui me retrouve, un demi-siècle plus tard, dans une ville qui n’est que stéréotypes blancs-riches et pauvres-noirs.
Sauf que, ouf, il y a Obama aussi à Washington. Lui comme toi a refusé les sanglots.  Mais la juste colère n’est pas loin.

Avant de quitter la France je ne me posais pas la question de mon identité française.
Ici on veut toujours savoir d’où je viens et on ne se contente pas de la simple réponse « I am Frrrench ». Verre en main, l’interlocuteur réattaque sans respirer: « Where in France? ». 

 Je réponds tranquillement que je suis née à Brazzaville.
 Brouillons les pistes.

Je soulève ta casquette et je t’embrasse le front bien respectueusement

                                                                                                                 
                                                                                                              Patricia


Une compatriote qui n’oublie pas non plus que l’eau chaude a été froide















Thursday, February 6, 2014

Valérie et le super bol de la marmotte



Mon amie Valérie a écrit cet article sur deux événements qui avaient lieu aux USA dimanche dernier et qui valent la peine, de par leur dimension, d'être rapportés. 

Il s'agit de deux événements typiquement américains, deux événements que je me devais donc de vous relater : Super Bowl Day and Groundhog Day.
Bien sûr, si j’étais zélée et reconnaissante envers les lecteurs assidus que vous êtes, je serai allée jusqu’à Punxsutawney pour vous faire vivre l’événement en direct, mais  quatre heures de trajet avec des enfants hermétiques aux plaisirs de la voiture c’est trop me demander.
Donc,  je ne vais pas vous mentir, je n’ai malheureusement pas vu Phil la marmotte de mes yeux ébahis nous prédire si nous aurions la chance d’avoir un printemps précoce.  De toute façon, cette sale bête a prophétisé une prolongation de l’hiver, il valait mieux que je ne sois pas dans les parages, je me serais consolée en dégustant un ragoût de marmotte à la sauce Phil. Par contre, j’ai de mes yeux incrédules vu la marmotte Madame tout-le-monde au bord d’une route en Pennsylvanie où j’étais dimanche pour de toutes autres raisons. Trop cool non? Voir une marmotte le jour de la marmotte !
Bref, je m’égare sur les chemins de Pennsylvanie, retournons à nos marmottes.  Donc, pour savoir si l’hiver durera six semaines de plus, il faut se rendre à Punxsutawney. J’ai regardé la vidéo hier (qu’est-ce que je ne ferais pas pour vous). On y voit une confrérie de Messieurs en manteau redingote et haut de forme sur une scène. Deux d’entre eux se penchent pour ouvrir la  porte miniature marquée « Phil » fixée dans un tronc en toc, nous montrant au passage leur auguste postérieur, pour extraire le fameux rongeur endormi. Phil, taciturne en diable, est ensuite montré « au monde entier » (dixit le présentateur) avant de se retrouver truffe à nez avec le président du club qui va regarder droit dans son œil morne pour lire la prédiction…  Et cela dure depuis 1887, tout est véridique, je n’ai pas bu!
La Groundhog ceremony a au moins le très grand mérite d’être très courte, 11 minutes chrono, ce qui n’est pas le cas du Super Boring, heu je veux dire du Super Bowl !
Vous voulez la recette du Super Bowl ? Courage, vous aurez besoin de 4 heures pour en venir à bout.  Il faut préparer une heure de football américain(4x15 minutes), le saupoudrer avec environ 70 pubs et ajouter 30 minutes de divertissement à  mi-cuisson avec un chanteur très à la mode, (cette année c’est Bruno Mars).
Rois du marketing les Américains ? Of course. Imaginez que même les spectateurs qui ne s’intéressent pas à ce sport ou n’y comprennent rien regardent le spectacle parce que les pubs y sont réputées pour leur originalité et le show de la mi-temps est connu. Ce n’est pas trop grave de souffrir une petite heure à regarder du sport, (de toute façon le jeu est sans cesse interrompu) pour des heures de divertissement non ?
La recette est tellement populaire que lors du Super Bowl de 2010,  le record d'audience détenu depuis 1983 par l'épisode final  de la série M*A*S*H a été dépassé, et depuis, cette grande messe de la publicité, heu je veux dire du sport, est regardée par plus de 111 millions de téléspectateurs.
Et là, je lance un appel à la FIFA, pensez à ceux qui ne sont pas passionnés de foot mais aimeraient se vautrer pendant des heures devant la télé avec leurs proches, pensez à ceux qui ont un urgent besoin et ne peuvent pas quitter l’écran de peur de rater une action décisive, pensez à ceux qui rêvent de se resservir une bière et ne peuvent pas, pour les mêmes raisons d’ailleurs ! Les matches de foot sont éprouvants pour les nerfs et la vessie. Les matches de football américain, eux, sont tellement confortables, on peut se lever quarante fois sans rater une seule seconde de jeu.

 C’est pas beau ça ?




Friday, December 20, 2013

Quand le jazz est là...

L'année se termine, ma deuxième année à Washington. Je pense à Alain Mabanckou. Je trouve formidable qu'une université américaine lui ait demandé d'enseigner la littérature francophone, à lui un Français d'origine congolaise. Il déclare que toutes les villes sont belles et qu'avec chacune il a une relation particulière: Brazzaville où il est né, Paris, la ville de ses rêves, Bruxelles ensuite et Los Angeles où il vit maintenant. Je constate qu'Alain et moi on a trois villes sur quatre en commun. Il cite aussi Dany Laferrière qui considère que l'écrivain devrait vivre dans une ville qu'il n'aime pas. Parce que cela aide à créer de ne pas se sentir bien où on vit? " Pour moi une ville c'est le mélange entre la physique de la ville et la chimie des gens qui y vivent. Si le cocktail fonctionne, on y plonge.

L'identité française est-elle fongible dans le  Grand Bain Américain? Impossible my dear, car on me rappelle sans cesse d'où je viens. Je ne m'étais jamais posé la question de ma francitude avant de venir ici où on ne se contente pas de la simple réponse "I am Frrrench". Verre en main, l'interlocuteur reattaque sans respirer: "where in France?".  Je réponds tranquillement Paris, c'est plus simple, de toute façon l'effet est garanti, les yeux de l'autre se mettent in petto à briller, comme si j'avais appuyé sur un interrupteur.  Pour moi c'est trop compliqué d'expliquer que je suis née en Afrique, que j'ai vécu en Normandie, à Nice, à Bruxelles, Paris-9ème-et-Barbès le quartier des Sapeurs, les amateurs de Sapes élégantes dont parle si bien Mabanckou.

Si quelqu'un me demande si j'aime Washington je réponds que je n'ai jamais eu autant l'impression de vivre au milieu de stéréotypes, blancs riches et minces, noirs pauvres et gros, qui ne se mélangent pas. Sauf au club de Jazz et chez BuzzBoys and Poets, une chaîne de restau-bar-librairie-concerts-galerie à la déco colorée, tables basses, sofas profonds, un lieu qu'adoreraient nos bobos.
Ce qui est bien à Washington, c'est que, en plus des Américains dont j'ai parlé dans ce blog, il y a aussi plein d'autres pas Américains et on baigne tous ensemble dans notre diversité dans la culture américaine. On vient de partout mais on se ressemble (évidemment pas moi, d'abord je n'ai pas les cheveux longs) et on fait tous les même choses: positiver (enfin faire semblant de) et être polis, s'excuser pour tout, faire des happy hours et du networking, déjeuner d'une soupe pho, d'un poulet tandoori ou d'un falafel achetés à  un Food truck,


c'est beau l'Automne mais fatiguant à ramasser
ces camionettes aux couleurs flashy qui stationnent près des bureaux, prendre un coach de vie, rencontrer des amis pour le brunch le week end et boire du mimosa, Prosecco et jus d'orange (détonnant pour un estomac fatigué par un samedi soir chargé) ou Bloody Mary à réveiller une momie, écouter Rachel Maddow qui passe toutes ses soirées sur la chaîne MSNBC à se moquer des Républicains, se faire peindre les ongles, balayer des tonnes de feuilles devant sa porte au Fall,  courir sous la neige avec un bonnet de père Noël, et surtout raconter sa vie personnelle à des inconnus qui te trouvent amazing. Je passe beaucoup de temps à écouter les parcours des réfugiés politiques que je rencontre au volant des taxis, en train de ranger les fruits et légumes dans les rayons du supermarché, dans le vestiaire du club de gym du DCJCC.  Surtout des Africains venus du Soudan, Cameroun, Congo, Togo, Ethiopiens qui sont 200 000 parait-il ici. Des jumelles éthiopiennes sont les propriétaires d'un super club de jazz, le "Twins" où j'enmène tous mes visiteurs. Les deux dames sont photographiées très jeunes dans les années 70 à l'entrée du club. Tous les soirs de l'annnée elles sont juchées sur des tabourets du bar et regardent des matchs de base ball muets pendant les concerts. Elles font partie de la mythologie de U Street, le quartier des émeutes raciales et des manifestations pour les droits civiques. Aujourd'hui c'est Le lieu où sortir, les bars et restaus y poussent à chaque seconde et la foule s'y presse les week end, filles brushées en micro jupes oscillant sur talons vertigineux et gars en jeans tombant sur les hanches et chemises à carreaux de bûcheron.

En fait le Jazz ici, c'est pas rien





Thanksgiving à Montpelier, Virginie, et le noeud de Christine

Je vois son dos, il porte une veste de toile goudronnée kaki, il est assis sur un tabouret et il est penché sur les entrailles d'un gros tracteur rouge auquel est amarré une remorque.
Nous lui lançons un hi, hello, helloooo, sans obtenir de réaction. Mais quand on s'approche il tourne  enfin vers nous sa tête chapeautée de la même toile goudronnée. Son visage est aussi  rouge que le tracteur et ses  lunettes lui occupent la moitié du visage. Il nous accorde un regard bref et inexpressif et revient à son moteur dont il éclaire les profondeurs à l'aide d'un i.phone. C'est notre hôte dont la femme, une américaine avec qui je travaille, nous a invités à célébrer Thanksgiving. Tu verras, m'a-t-elle promis, un vrai Thanksgiving traditionnel, mon mari et moi on fait  chaque année une compétition de dinde, lui c'est façon coq au vin, moi je la fais rôtir.


La maison est à environ une heure et demie de Washington, sur la route du Parc National de Shenandoah. Le paysage, les maisons, les collines ont un air familier parce qu'ils me rappellent les peintures d'Edouard Hopper. Tout autour ce ne sont que des champs roussis par le gel, une forêt, sans doute habitée par des ours, quelques maisons  isolées, du matériel agricole, des camionettes et des hangars, le tout éclairé par un soleil bas d'hiver.
En contre bas de la maison s'aligne une rangée d'étables en bois décorées par un bric à brac sympathique dominé par les équipements des chevaux. Justement ils sont là, ils nous regardent très posément, trois têtes au-dessus de la barrière s'avancent vers nos caresses.
Le jeune est arrivé à fond de train dès qu'il nous a aperçus de l'autre côté de la prairie. Les autres ont pris leur temps mais ils ont suivi. La jument plus âgée nous observe de loin, digne et tranquille sous sa couverture qui lui fait comme une grande cape bleue très chic. Restés dans les écuries, les chevaux de course se tordent le cou pour nous saluer.
La maison jaune aux volets bleus domine la campagne, tout l'intérieur rappelle les chevaux, pas un tableau, pas une photo, pas un objet décoratif qui ne représente un cheval.
Mais ce jour là est dédié à la dinde et tout ce qui va avec, patates douces, purée de pommes de terre, haricots verts, compote de fruits rouges, crême aigre, tourtes au potiron et aux noix de Pécan. Tout est délicieux.
J'ai failli apporter une tarte Tatin mais elle n'a jamais voulu décoller du moule, un échec cuisant. J'ai du me rabattre sur le cheesecake au potiron du pâtissier Firehook au coin de Dupont. Je n'ai pas pu la jouer  la Française qui sait cuisiner. N'ai je donc tant vécu que pour cette infamie?

A la fin du repas, le maître de maison qui trône au bout de la table d'où il peut aisément atteindre le placard aux alcools, en extrait toutes sortes de bocaux qu'il nous propose généreusement.  Il devient loquace pour nous expliquer que la gnôle est faite maison. Oui, la nuit venue, en Virginie, tout le monde  fabrique son tord-boyau à base de fruits fermentés,  le Moonshine parce que fabriqué au clair de lune. C'est joli comme nom dis-je, moi qui ne l'ai pas encore goûté. Joli de nom mais qui te tue. Tu trempes tes lèvres avec précaution dans le verre et, immédiatement, tu te demandes avec inquiétude si tu vas survivre. La boule de feu dévale ta gorge, brûlant au passage tes poumons et te coupant la respiration, puis elle explose dans ton estomac qui se demande ce qui lui arrive, le pauvre, tandis que, les yeux larmoyants tu reposes ton verre à tâtons sur la table. Pas que des fruits fermentés dans le Moonshine.

Après diner nous avons chanté, des chansons typiques de chez nous, les uns et les autres, l'hôtesse chantait bien et s'accompagnait à la guitare, son neveu chéri acteur de cinéma était venu exprès de Los Angeles et nous a interprété une scène de la série Gray's Anatomy où il tient un rôle de jeune malade atteint de multiples tumeurs. Il est très excité par ce premier rôle de cancéreux, dont le traitement soulève les questions des médecins réunis à son chevet.  L'épisode cependant se termine sur une note optimiste car la docteur déclare à son confrère dans le couloir de l'hôpital qu'elle pense pouvoir le sauver. Ce qui veut dire pour lui tourner un autre épisode, un plus grand rôle, le commencement de la célébrité, qui sait?  Ensuite les autres invités ont lu des poèmes que malheureusement je n'ai pas compris et une petite fille a chanté, concentrée et les yeux fixés sur le plafond, d'une mignonne petite voix.

Depuis, les fêtes n'ont pas cessé. Vais-je finir comme Abraracourcix le chef du village gaulois après son Tour Gastronomique,  portée sur un brancard jusqu'à Lutèce ? Comment durer jusqu'à Noël alors que chaque jour, chaque organisation, institution, groupe d'ami y va de son drink, de son diner?
A la maison on s'y est mis aussi et on a même réussi à faire danser des Américains et des autres du melting pot sur Alexandra, Alexandrie, les Rita Mitsouko et le délicieux Stromae.

Le plus grandiose happening de Noël c'est quand même la fête du Fonds Monétaire, oh my god, c'était encore mieux que le bal d'inauguration d'Obama. Tout le gigantesque bâtiment éclairé en boîte de nuit, avec des kaleidoscopes de lumières colorées donnant une ambiance feutrée, les salles de réunions transformées en salles de danse avec parquets, des bars croulants sous les alcools, mais pas de champagne quel scandale, des buffets débordants de nourritures riches, des kilomètres de sushis, une fontaine de chocolat où tremper sa fraise au bout d'un pique, des montagnes de choux à la crème chantilly et de petits fours dégoulinants, un karaoké, l'orchestre rock des sexagénaires du FMI très en forme, et enfin, un super groupe de punk, pop, disco conduit par deux ravissantes jeunes black qui chantaient et bougeaient comme des déesses et ont déchainé ces messieurs en costards et ces dames vétues de leurs plus beaux atours. Pourtant certains me rapportent que ces fêtes ont beaucoup baissé, avant on avait caviar et Cirque du Soleil…oui mais nous on a eu Christine.

Car le clou, je veux dire le noeud de la soirée c'était quand même sa nouvelle coiffure. On ne parle que de ça à Washington en cette fin d'année

Joyeux Noël à tous

les princesses du FMI









Monday, November 4, 2013

Le marathon de New York 2013 j'y étais, moi Kevin K, of course !


Ça a mal démarré car je n'ai pas entendu mon réveil, j'ai sauté dans un taxi à 6 heures10 pour attraper  à la 51ème rue le bus qui conduisait sous bonne escorte policière tous les participants jusqu'à Verrazano Bridge.
A 8 heures on nous a fait passer les contrôles de sécurité qui étaient très stricts cette année. On a laissé nos affaires, elles ont été mises dans des ballots qui seraient transportés au point d'arrivée. 
Ensuite on a attendu une heure dans un vent glacé avant que le signal de départ ne soit donné pour notre vague,  qui était la première fournée de 17 000 coureurs. Trois autres identiques nous ont suivis à 25 minutes d'intervalles. Je courais avec mon équipe Team For Kids (note de la traductrice : les membres de groupes soutenant des projets sociaux étaient inscrits d'office au marathon). Cela faisait du bien d'être ensemble.

Après la traversée du pont qui fait 2 miles on est arrivés sur Bay Ridge et Brooklyn où enfin on a été tout de suite abrités du vent mordant. Puis le soleil est apparu. On a commencé à enlever nos couches de vêtements alors qu'on serpentait dans les rues de Brooklyn en direction de BAM. La foule nous encourageait de façon incroyable et il y avait des groupes de musique vraiment cools tout au long du parcours. 

Ensuite on nous a annoncé que nous étions au mile 13 alors qu'on traversait le Pulaski Bridge, le second des 5  ponts de la course. Après avoir descendu la 59ème on a commencé à monter sur le Queensboro Bridge.  Je courais depuis deux heures et calculai que je pouvais finir la course en 3 heures et 40 minutes à ce train là. 
Comme nous passions le marqueur des 15 miles, on a su que le gagnant catégorie masculine passait la ligne d'arrivée à Central Park en 2 heures et 8 minutes. 
Il était soudain plus riche de 100 000 dollars, mais surtout il avait fini le veinard !
Mon groupe de coureurs à salué l'annonce par des grognements appréciateurs. Pas le temps de s'épancher !

Un des points forts du Marathon de NYC est la descente du pont vers la 5ème Avenue, qui est considérée comme un des points les plus animés et bruyants du parcours.  Je n'ai pas été déçu, cela a été vraiment exceptionnel cette année. Bien mieux que n'importe lequel des concerts de rock auquel j'ai jamais assisté. Du coup cela a bien boosté  notre adrénaline.  Mais malheureusement une douleur atroce a surgi à ce moment là dans ma hanche gauche, je ne sais pas ce qui lui a pris à ma hanche.  Mais j'ai continué à courir malgré la souffrance, et puis j'ai vu assez vite Barrie et Shane (ndt: épouse et fils) qui m'attendaient au coin de la 63ème, je les ai vite embrassés avant de continuer. 
Les kilomètres suivants ont été abominables, ma hanche me lâchait et j'ai cru abandonner. 
Au mile 18 j'ai adopté une marche rapide en espérant que le changement de rythme soulagerait la douleur. Cela a en effet un peu amélioré les choses et j'ai poussé à nouveau l'allure en abordant le Bronx et Harlem en traversant le Wills Avenue Bridge et un mile plus loin, le pont de la 3ème Avenue pour revenir sur Manhattan. 
La foule dans le Bronx était encore plus fantastique, on nous tendait  des tas de trucs, des bananes, des kleenexs, et des milliers d'affichettes étaient brandies au long du parcours où étaient écrits toutes sortes de messages qui nous faisaient marrer comme "les tétons blessés (note: par le frottement du maillot pendant la course) nous excitent".  

On est vite arrivés au niveau de la 5ème Avenue et de la 122 ème Rue, Central Park était soudain terriblement proche. On avait le soleil en face, encore plus avec le changement d'heure de la nuit d'avant, mais un petit vent nous poussait gentiment dans le dos. Il ne s'agissait plus que de se laisser descendre de la 110ème à Engineers Gate, mais après il y avait la cruelle, s'il y en a une c'est bien celle là, remontée de la 90ème. 
J'étais à un cheveu de Central Park, enfin dans mon territoire familier de coureur, dépassant le mile 24, puis le 25, je prenais de l'allure, déterminé à y aller fort au finish.  Alors que je sortais du Park à la 59ème je dépassais un coureur qui venait de s'écrouler, entouré de soigneurs, si proche du but. 
Et puis une descente douce vers Columbus Circle, un demi mile encore et l'adrénaline qui recommence à monter, la foule déchainée qui nous acclame. La rumeur s'amplifiait alors que nous entamions les derniers 400 mètres, grimpant la colline avec joie, douleur, crampes et muscles rigidifiés.
Ma montre indiquait 3:48:29, une demi minute de mieux qu'en 2011.
J'étais heureux et ravi d'être encore en vie. Quelque soit le nombre de fois que j'ai couru une telle distance, c'est surprenant à quel point c'est à chaque fois une  leçon d'humilité.

Je ne sais pas si c'est le résultat de la frustration causée par l'annulation l'année dernière du Marathon pour cause de l'ouragan Sandy et de l'aide de 12 000 volontaires, en tout cas j'ai réussi à surmonter les obstacles de mon mental.  
 Je suis donc super content d'être allé jusqu'au bout avec les autres presque 48 000 finalistes !

Note de la traductrice: on ne peut pas dire que le Marathon de New York c'est la solitude du coureur de fond. 

Le texte original de Kevin :
Well my marathon experience this morning began inauspiciously - oversleeping my 5am alarm by one hour . Despite having reset all the clocks last night our bedroom one must have some software that pushed it back another hour. Needless to say it was panic stations as I dashed out from the apartment at 6:10am to make our bus departure 6:30 from 51st and 6th. Luckily my cab driver was speedy and direct and i literally made it with about 5 minutes to spare. In my haste I had forgotten my water bottle and some other supplies. Then all the buses departed em masse from midtown with a police escort to the Verrazano Bridge.
Once we got there at 8am we literally had a few minutes in our tent once we had cleared security, which understandably was much tighter this year. Then it was bag drop at the UPS trucks which would be ferried to the finish and then into our corral. Probably one of the most difficult aspects of that was that the air temperature was cold and very windy - plus we waited an hour before the race began for us leaving in wave 1. There were seventeen thousand runners in my wave alone, three other waves followed us at 25 minute intervals. I was running with a bunch of my TFK team mates and the camaraderie was most welcome.

Once over the 2 mile bridge we dropped into Bay Ridge, Brooklyn which instantly provided more shelter from the biting wind and the sun came out. Layers were discarded and plenty of fluid stops were encountered as we snaked our way through the streets of Brooklyn, heading towards BAM. The crowds were unbelievably supportive and there were some really cool bands to be heard at mile intervals. Next thing we knew we were at mile 13 and on the Pulaski Bridge - the second of five in the race. Then we quickly dropped towards the 59th Street Queensboro bridge and began the one mile climb to its plateau . It was roughly two hours into the run and i was on pace for a sub 3:40 finish. As we passed the 15 mile marker the male winner crossed the line in Central Park in 2:08 . He was suddenly $100K wealthier plus more importantly he was finished. A collective groan emanated from runners around me.

One of the highlights of the NYC marathon is the descent off of the bridge onto First Avenue. Regularly considered to be one of the loudest points in the race, this year was exceptional . It was louder than any rock concert I have attended and the adrenalin was surging. Also surging was a intense pain in my left hip joint - I could not tell whether it was muscular or structural , either way it was a blow. I pushed on in pain and quickly saw Barrie and Shane at East 63rd street. A quick hug and an exchange of supplies and I was off. Honestly the next few miles were a struggle, my hip was raging and I seriously thought that I may be done for the day. At mile 18 i slowed to a fast walk to allow my form to change with the hope that it might induce a reduction of the pain. It altered it but was still present. I pushed on up the the Bronx and Harlem crossing over the Wills Ave Bridge and a mile later the 3rd Avenue bridge and back into Manhattan. The crowds in the Bronx were special, handing out bananas and tissues and holding up a myriad of funny signs - "Chafed nipples turn us on " was a highlight. Its amazing how a funny sign can carry you for a big chunk of miles.

Then we quickly headed south onto Fifth Avenue and 122nd street, Central Park agonizingly close. The sun was full bore in our faces at this point, even more so because of the time change overnight but we were bolstered by a slight tail wind. There was the slight matter of navigating the slow incline from 110 street to Engineers Gate at 90th street - a cruel rise if ever there was one. Within a whisker I was in Central Park on my more normal running terrain, mile 24 passed, then 25 passed. I picked up speed and was determined to finish strong. As I exited the park at 59th street and Central Park South I saw a fellow runner laying prone on the ground surrounded my medics - so close and yet not. Another slow incline from the Plaza to Columbus Circle , a half mile to go and the adrenalin is cruising now, the crowds fanatically baying us on. The noise crescendoed as we dashed the last 400 meters, up hill again to cross with joy, pain, cramps and general stiffness. But my watch said 3:48:29 - a half minute better that my 2011 time. I was thrilled and happy to be still alive. No matter how many times I have run this distance it is amazing what a humbling experience it truly is.

Whether is was the accumulated frustration of last years cancellation due to Hurricane Sandy , the event passed off seamlessly which is a great testament to the 12,000 volunteers who help out . While i did not win any prize money I overcame the mental obstacles that could have so easily afforded me an out - as did the almost 48,000 other finishers !

LE HEROS KEVIN ET LIAM QUI L'ENCOURAGE "GO NODDY  GO"









LOCO= FOU








c'est fini ! 
JE RENTRE EN TAXI